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« Serviteur du peuple », Partie 2 – Zelenskiy, l’anti système vaincu

« Serviteur du peuple », Partie 2 – Zelenskiy, l’anti système vaincu

Dans la série « Serviteur du peuple », le président ukrainien, Volodymyr Zelenskiy, jouait déjà le rôle de sa vie sans le savoir. Mais entre fiction et réalité, le président ukrainien, un peu trop rêveur, n’aura pas su s’en tenir au personnage progressiste de la série. Portrait d’un homme anti système vaincu par le système.

©zelenskiy_official

Zelenskiy, l’homme du peuple

C’est en 1978, à Kryvyï Rih, une ville de gueule noires à 450 kilomètres au sud-est de Kiev, que né Volodymyr Oleksandrovych Zelenskiy. Russophone natif, le pays fait alors partie de l’URSS. Enfant de famille juive, il grandit avec sa mère, Rymma Zelenska, ingénieur, et son père, Oleksandr Zelenskiy, enseignant et chef du Département de cybernétique et de matériel informatique à l’ Université d’État d’économie et de technologie de Kryvyi Rih. Son grand père, dont les 3 frères sont morts pendant la Shoah, a combattu les allemands dans les rangs de l’armée rouge. Zelenskiy est diplômé en droit de l’Institut d’économie de Kryvyi Rih , puis d’un département de l’Université économique nationale de Kiev. Sa carrière juridique s’arrête là, pour le moment. 

À  tout juste 17 ans, il rejoint son équipe locale pour le concours de comédie KVN, une émission russe. En 1997, il créé le groupe comique Kvartal 95. Il se produit jusqu’en 2003 dans la Ligue majeure, la plus haute ligue ukrainienne ouverte de KVN. C’est en 2008 qu’il débute réellement sa carrière d’acteur avec comme premier film, le long métrage Love in the Big City. Il apparaît dans Office Romance, Our Time, 8 First Dates et enregistre la voix du doublage ukrainien de Paddington Bear. En 2015, il devient une véritable vedette de la télévision ukrainienne avec son rôle dans Serviteur du peuple. Un rôle prémonitoire qui lui a servi de campagne. En 2018, Volodymyr Zelenskiy se lance réellement dans la bataille électorale ukrainienne.

©zelenskiy_official

Zelenskiy, l’homme progressiste

Comme dans la série, Zelenskiy se veut réformateur. Une volonté qu’il porte jusque sa réelle campagne présidentielle quand il fonde son parti auquel il donne le nom de la série, Serviteur du peuple. Sous les couleurs de son nouveau parti, il se présente comme l’homme progressiste, l’anti-oligarques et l’humble héros de l’Ukraine. Ainsi, c’est sur les mêmes revendications que son personnage qu’il construit son programme. Mais si certains ont d’abord cru à une blague, la plupart voient en lui l’espoir d’un changement.

Lui, le président fictif de la série à succès, cristallise le désir des ukrainiens d’avoir à la tête du pays un homme sincère issu du peuple. Comme un Ronald Raegan de la scène à la présidence, le 21 avril 2019, Zelenskiy remporte le second tour haut la main. Avec 73% des suffrages, il bat le président sortant Petro Porochenko. Zelenskiy devient ainsi le sixième président de l’Ukraine et promet deux choses : mettre fin à la corruption et rétablir la paix avec la Russie. Arrivé au pouvoir, le grand défi qui se présente à ce novice en politique c’est le président de la très puissante Russie voisine, Poutine. Mais Zelenskiy réussit son premier bras de fer avec son homologue. Il réussira le premier échange de prisonniers de guerre : 35 combattants ukrainiens font leur retour au pays, un retour médiatisé. 

Zelenskiy, l’homme hypocrite

Mais derrière cet « homme du peuple », se cache Igor Kolomoisky, le Bolloré ukrainien. Fondateur de la PrivatBank, une des premières banques commerciales privées en Ukraine, Kolomoiksy est un homme de l’ombre. Milliardaires et magnat des médias, de l’aviation et de l’énergie, il porte l’étiquette des hauts corrompus de ce monde.  Il traine derrière lui des dizaines de polémiques et procès pour fraude et traffic d’influence. Des histoires à grande échelle qui ont mené l’ancien président Petro Porochenko à le limoger en 2015. À cette date, il diffusait déjà sur sa chaîne télévisée, 1+1, les shows humoristiques de Zelenskiy, ainsi que la série « Serviteur du peuple ». Elle même financée par l’oligarque. Comme un cavalier noir, Kolomoisky est revenu en force dans le pays depuis l’élection de Zelenskiy.

Zelenskiy et Kolomoisky à Kiev, en 2019 ©Reuters

 Celui qui voulait combattre la corruption s’est vu vaincu. Zelenskiy est empêtré dans les scandales politiques. Si dans la série, Vassili bénéficie du soutien de ses élèves, la réalité est autre. En 2019, il profite de sa notoriété et des millions de Kolomoisky pour se porter candidat à la présidentielle. Juste après son élection, un scandale diplomatique éclate avec l’ancien président des États-Unis. Donald Trump lui demande d’enquêter sur les affaires du fils de Joe Biden, Hunter Biden, nommé au conseil d’administration du groupe gazier ukrainien de Burisma.

Piégé par les Pandora Papers en 2021, Zelenskiy est accusé de fraude fiscale notamment sur de nombreuses affaires commerciales via des sociétés offshore. Une opération chiffrée à 7,5 millions de dollars. Son échec à résoudre la crise dans le Donbass et son attitude jugée trop conciliante avec la Russie lui aura coûter le désamour du peuple ukrainien. D’acteur, à président, de chef de guerre à pître, Zelenskiy porte le costume d’un homme anti système vaincu par le système.

Zelenskiy, l’homme de la situation

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, Zelenskiy doit désormais s’improviser chef de guerre. Plaisantin pour certains, dirigeant compétent pour d’autres, ce novice de guerre se rattache au fantasme fictif de Vassili Petrovitch Goloborodko. Il y a quelques mois, le président ukrainien était considéré comme inapte à gouverner son pays. Au plus bas dans les sondages de popularité du Ratings Sociological Group, Zelenskiy redresse la barre de 31% à 91%. Il a fallu attendre la guerre pour redorer son image. Quand les États-Unis et la France propose à Zelenskiy de l’exfiltrer, sa réponse fait le tour du monde. « J’ai besoin de munitions, pas d’un taxi. » Alors qu’il est directement menacé d’assassinat par le groupe Wagner, l’armée fantôme de Poutine, Zelenskiy choisi de résister. En seulement quelques heures, il devient l’incarnation d’un peuple refusant de plier sous les assauts militaires de Vladimir Poutine. 

©zelenskiy_official

Dans une première allocution télévisée, comme métamorphosé par la guerre, Zelenskiy affiche son sang froid. Face au grand homme rouge, Zelenskiy veut pousser les feux d’une adhésion de l’Ukraine à l’Union Européenne. Vêtu d’un simple sweat-shirt vert militaire, il annonce la mobilisation générale, galvanisant son peuple. À coup de clins d’oeil et de ton ferme, Zelenskiy utilise les réseaux sociaux pour s’adresser à son peuple et à la communauté internationale. Il se présente comme un citoyen, un père et un époux. Acteur et producteur dans l’âme, il maitrise à la perfection l’art du storytelling animé par l’esprit de résistance. Là, il donne l’image d’un combattant de la liberté qui tient tête au dictateur russe. Comme un destin churchillien, Zelenskiy est désormais devenu le visage médiatisé de la démocratie se hissant à la hauteur de la grande Histoire.

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