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Hip-Hop Cinéma : Episode #5 – Les années 2000, une figure de style : le biopic du rappeur

Hip-Hop Cinéma : Episode #5 – Les années 2000, une figure de style : le biopic du rappeur

Pas de hip-hop sans rappeurs! Leurs biopics ont fleuri sur les écrans dans les années 2000. La meilleure figure de style reste pour moi, 8 mile de Curtis Hanson, avec l’impressionnant Eminem et en toile de fonds, la ville de Détroit.

Le 8 mile road, la frontière entre les pauvres et les riches

Le titre 8 mile fait référence au 8 Mile Road, la route M-102. Une frontière imaginaire qui divise socialement et racialement, Détroit et ses banlieues nord. Le sud de la ville est pauvre, habité surtout d’africains américains. Au Nord, les banlieues résidentielles sont plus riches, peuplées en majorité par des blancs.

Pour passer de l’autre côté du 8 Mile Road, Jimmy, incarné par Eminem, originaire de Détroit, devrait gagner son sésame, en remportant des battles de rap.

8 mile – Bande annonce

Jimmy « B-Rabbit » Smith Jr, est un « white trash » qui retourne vivre chez sa mère dans une roulotte. Il est doué mais pénalisé par son milieu social. Il va devoir trouver sa voie/voix pour construire un avenir meilleur, ailleurs. Il incarne cette jeunesse abandonnée, comme un reflet de sa ville. Capitale américaine de la production automobile jusque dans les années 70, la ville de Détroit est devenue le symbole de la déshérence urbaine quand les usines ont fermé une à une à partir de la fin des années 50.

8 mile ne représente pas seulement une peinture de l’univers du hip-hop au travers du prisme d’un jeune rappeur. C’est également, une critique de la société américaine où les personnes des quartiers défavorisés doivent se battre au quotidien pour réussir.

« un monde que le cinéma et les médias grand public montrent rarement : une Amérique appauvrie qui s’efforce de survivre au sein des quartiers défavorisés. Pour les habitants, 8 Mile Road est une ligne de démarcation. Pour Jimmy, c’est aussi une barrière psychologique qui freine ses ambitions et l’empêche d’être ce qu’il voudrait. Mais n’avons-nous pas tous notre propre 8 Mile Road ? »

Curtis Hanson, réalisateur de 8 mile

Le biopic

Le producteur Brian Grazer sent dans le hip-hop les germes d’un courant puissant et surement de l’argent à se faire (Il est producteur !). Très vite, il projette de faire un biopic et qui de mieux qu’Eminem, alors?

En 2000, Eminem sort son premier album, « The Slim Shady LP » qui se vend à plus de 7 millions. Un an plus tard, « The Marshall Mathers LP » remporte un énorme succès et est récompensé, comme le 1er album, d’un Grammy du meilleur album rap de l’année. En 2002, Eminem publie « The Eminem Show », qui décroche trois prix aux MTV Awards. Le nombre de ses ventes d’album a atteint, alors, plus de 30 millions.

8 mile est vendu comme l’histoire vraie de la jeunesse d’Eminem. Mais le film est seulement inspiré dans les grandes lignes de sa vie. Le rappeur de Détroit avouera qu’un vrai biopic sur sa vie aurait limité ses possibilités de jeu. Cependant la promotion du film repose sur cette demie-vérité. Mais le jeu d’Eminem sent le vécu, l’authenticité. Puis les personnages de 8 mile ont bien existé, sous d’autres noms dans la réalité. Le casting et le tournage ont d’ailleurs été faits à Détroit et sa banlieue, un gage de vérité.

Jimmy « B-Rabbit » Smith Jr, interprété par Eminem

La fiction

Par l’utilisation du fictif dans le biopic, 8 Mile épouse parfaitement le Detroit de 1995 et donne son ton si sincère au film.

Curtis Hanson, le cinéaste choisit le scope, la caméra à l’épaule et une mise en scène pensée comme un divertissement grand public, rythmé. 8 mile y gagne en sobriété et élégance. La photographie, baignée dans un bleu profond, ajoute à la froideur des rues de Detroit autant qu’à la chaleur des soirées hip-hop. Pour 8 mile, Curtis Hanson avait une image très précise de la photo idéale et avait demandé à Rodrigo Prieto, le directeur de la photographie de donner au film « le look d’une mauvaise herbe poussée entre les pavés ».

Cette fiction dépeint avec un réalisme le quotidien dans une ville en décrépitude, avec ses rues fantômes et sa misère sociale. Dans les battles de rap, organisés toutes les semaines, la rage s’extériorise, catharsis pour les personnages. Le public vibre à chaque punchline de leurs rappeurs locaux, sur qui il a droit de vie ou de mort. Ces battles finis, tout le monde atterrit, les pieds à nouveau enlisés dans une existence étriquée.

La musique

Au centre du récit, la musique. 8 mile apporte aux aficionados leur dose de plaisir auditif et initie les profanes au rap des années 90.

Mobb Deep – Shook Ones, Pt. II, 1995.

La bande-originale de 8 mile est logiquement constituée de nombreux morceaux de rap, comme ceux de The Notorious B.I.G., Cypress Hill, Naughty by nature, 2Pac, le Wu Tang Clan ou encore Method Man.

Mais faisons un focus sur 2 morceaux.

« Shook Ones Part II » de Mobb Deep, le titre des New Yorkais sorti en 1995 sur l’album « The Infamous » est au panthéon du rap américain. Par sa popularité, aussi par sa noirceur, celle qui dépeint la Big Apple, sans fioriture, comme un territoire de luttes pour sa jeunesse.

Avec sa ligne mélodique, lente, lourde, son petit arpège retentissant, « Shook Ones Part II » a l’instrumental le plus samplé pour les battles. 8 mile ne le fait pas mentir. Le face à face final entre Jimmy « Rabbit » et Papa Doc se fait sur cet instru.

Lose Yourself – Eminem, 2002.

« Lost yourself » d’Eminem, est le premier titre de rap à avoir remporté l’Oscar de la meilleure chanson originale. La légende raconte qu’Eminem a écrit les trois couplets du morceau lors d’une pause pendant le tournage de 8 mile. Ses notes sont d’ailleurs visibles dans une scène, celle où Jimmy écrit dans un bus.

La chanson s’inspire bien sûr du personnage de Jimmy. Elle retrace sa passion du rap, son envie de réussir et sa peur d’échouer. Elle raconte également, comment Eminem s’est battu contre sa dépression et l’a vaincue grâce à la musique.

« Lost yourself » est devenue un véritable hymne à la ville de Détroit, ville d’origine d’Eminem.

Clap de fin

8 mile est enveloppé d’une tonalité tragique. Cohérent jusqu’à la dernière minute, le film est une non-success story. Il n’enjolive pas le destin de son héros, conservant cette ligne directrice même après les petites victoires, pour revenir à une réalité douloureuse et aux responsabilités qui en émanent. Cette fin en demi-teinte rappelle au spectateur qu’il n’y a pas un meilleur chemin qu’un autre pour réussir.

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