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Interview “L’Art en prison au Mexique” par Veneno

Interview “L’Art en prison au Mexique” par Veneno

" Cela t’empêche de tomber dans la routine et la monotonie de la prison. "

“Cela t’empêche de tomber dans la routine et la monotonie de la prison.” Interview avec Luis Martínez dit « Chikilin », détenu dans la prison d’Etla à Oaxaca au Mexique.

Veneno : « J’ai eu l’occasion de rencontrer Chikilin lors d’un projet que j’ai mené en 2019 dans la prison Santa María de Ixcotel à Oaxaca de Juarez lorsque j’y habitais. Un atelier de gravure est né dans la prison en 2017. L’atelier « Grafica Siqueiros » nom donné en hommage au célèbre artiste peintre, David Alfaro Siqueiros, activiste politique communiste incarcéré en 1962 pour purger une peine d’emprisonnement d’une durée de huit ans. On l’accusait d’avoir organisé des manifestations étudiantes qui ont dégénéré en émeutes, semant un chaos dans la capitale pendant plusieurs jours.
Le projet « Vándalo » mêlant mes deux passions gravure et graffiti a vu le jour après cinq mois de travail avec la participation de dix-sept détenus et le soutien de l’artiste graveur Christopher Diaz. »

Exposition du Projet Vándalo dans la Galerie Espacio Zapata.

Peux-tu te présenter ? :
Je m’appelle Miguel Martinez, je suis originaire de Mexico.

En 2017, un atelier d’art “Taller Gráfica Siqueiros” a vu le jour au sein de la prison dans laquelle tu te trouves, à l’initiative de César Chávez et de Jason Pfohl. Peux-tu nous raconter les débuts de cette aventure.
Nous avons commencé par investir un atelier de gravure le lundi dans un petit endroit de la prison d’Ixcotel, avec les matériaux élémentaires pour la gravure. On imprimait à la main et on avait comme premier projet la création de la « loterie Canera ».
(Cette loterie a été entièrement réalisée en gravure. Elle se compose de vingt-sept images relatant des moments du quotidien dans le milieu carcéral ).

Atelier Grafica Siqueiros au coeur de la prison Ixcotel.

Comment as-tu vécu l’arrivée de l’art dans la prison ?
Ce fut une expérience nouvelle et intéressante sans précédent pour moi.

Le tout premier atelier fût créé dans une pièce un peu particulière et chargée d’histoire, j’aimerais que tu nous racontes.
La zone qui nous a été assignée pour l’atelier était la cellule 17, la cellule de punition où se trouvaient les détenus les plus difficiles d’Ixcotel, qui n’étaient pas autorisés à entrer dans la cour.

Comment as-tu intégré l’Atelier « Gráfica Siqueiros” et quel rôle y as-tu joué ?
J’ai été l’un des premiers élèves de César, j’ai rejoint l’atelier car je connaissais déjà César depuis l’époque du lycée où nous étudiions ensemble.

Quels sont les cours qui s’y déroulent et quel est celui que tu préfères et pourquoi?
Le cours principal est la gravure sur tout support et la gravure sur bois. Il y a aussi la peinture, le dessin, le tatouage, la peinture murale (Graffiti), l’impression à l’eau forte, la sculpture, le pochoir, la bande dessinée à la pointe sèche, la photographie et la littérature. Je préfère la gravure.

Gouges pour la gravure fabriquées et sculptées par le détenu Vidal.

Comment as-tu vécu le projet « Vándalo » ?
C’était formidable de travailler avec Veneno et Chris, d’utiliser les techniques qu’ils nous ont enseignées et de créer une nouvelle manière d’impression à la main.

Christofer Diaz – Chikilin – Veneno ( Impressions pour le Projet Vandalo).
Montage de l’exposition du Projet Vándalo.

Comment vous procurez-vous le matériel, (Presse de gravure, gouges, encre, papier…) ?
Avec les ventes de nos gravures et avec les dons de matériaux des artistes qui nous enseignent ainsi que des amis de I.A.G.O. (Institut des Arts Graphiques de Oaxaca) .

Avant ça avait-tu eu inséré un pied plus précisément dans le milieu artistique et si oui dans quel domaine ?
Non, c’est ma première approche dans l’art.

Depuis le transfert des détenus de la prison Santa Maria de Ixcotel à la prison d’Etla en Octobre dernier, comment se passe l’adaptation dans ce nouveau lieu ?
Nous nous adaptons à un endroit plus petit, mais il y a un projet d’expansion précoce, nous essayons de collecter des fonds pour avoir un atelier où les matériaux et les livres pourraient être conservés correctement.

La production dans le nouvel espace d’atelier est-elle aussi active ?
Oui, nous continuons activement de travailler et de produire des œuvres d’art dans les différentes techniques que nous avons apprises.

Préparation de l’exposition personnel de Chikilin sur le thème de la Lucha Libre.

Comment se passe une journée type dans l’atelier ? Raconte-nous.
Il n’y a pas de journée type, pas un jour qui se ressemble. C’est le côté cool de l’atelier de gravure, cela t’empêche de tomber dans la routine et la monotonie de la prison.

Quel message aimerais-tu faire passer à nos lecteurs ?
Cet art est une forme de liberté. Même si nos corps sont enfermés, notre esprit et nos idées ne le sont pas.

Comment imagines-tu une possible réinsertion grâce à l’art pour toi ou pour les autres détenus ?
Ce sera un peu compliqué mais possible, je m’imagine créer des gravures et faire partie d’un atelier ou d’un collectif quand je serai libre. Je pourrais imprimer mes pièces et celles des autres, et si possible enseigner à d’autres détenus.

As-tu des anecdotes drôles ou insolites à nous raconter concernant la vie en communauté dans l’atelier ?
Il y en a beaucoup qui nous permettent de rendre ce séjour un peu plus agréable et d’avoir une petite oasis de liberté entre ces quatre murs.

Que peut-on te souhaiter ?
LA LIBERTÉ !

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