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Le Jazz Rock, une danse née en France.

Le Jazz Rock, une danse née en France.

Christian Andongui aka Truand, pionnier de la danse Jazz Rock en France, partage avec nous son parcours.

Une enfance baignée dans la danse

Né au Congo, Truand a toujours dansé. N’ayant pas le sentiment d’avoir appris la danse, c’était pour lui quelque chose de culturel et naturel.

« Les danses populaires au Congo, tout le monde les pratiquait. On dansait déjà le soukouss, on bougeait le bassin tout ça. Pour nous, c’était normal. Mon père il travaillait tout le temps… Et quand il rentrait et qu’il voulait jouer avec nous, c’était : danser. Donc on dansait le soukouss, les danses traditionnelles des Mbochis (ethnie du haut du Congo) où on bouge beaucoup le haut du corps, alors que les danses populaires c’est plutôt le bassin et les pieds. »

https://www.youtube.com/watch?v=hVQ8y4ZoaUs

Choc culturel et nouvelles pratiques dansées

Arrivé en France en 1979, à Aulnay-sous-Bois, Truand avait toujours envie de danser mais la musique en France à cette époque ne lui correspondait pas du tout.

« On avait l’habitude de danser sur des musiques rapides au Congo, la seule musique qui donnait la dynamique c’était le Rock, c’était bien rythmé. »

Le rockabilly, puis la danse funk furent donc les premières danses pratiquées par Truand dans les caves d’Aulnay-sous-Bois en bas de chez lui.

« Il y en a qui faisaient des garages avec, d’autres qui s’en servaient pour faire des soirées. Même mes premières boîtes de jour ou de nuit c’était à Aulnay. Et là on partageait, on a commencé à danser funk, surtout reggae vu que c’était facile à danser. On a appris aux Antillais à danser le soukouss, et eux nous ont appris le Zouk. »

Au début des années 80, le hip-hop commençait à faire son apparition. Truand et ses amis ont donc commencé à partir danser sur Paris.

Paris fut le point de convergence de tous les danseurs d’Île-de-France. Ils se rencontraient lors d’après-midis dansantes, notamment au Bataclan.

« Plus que le lieu, c’était le concept de DJ Chabin qui nous intéressait. À chaque fois qu’il faisait une soirée il mentionnait le terme Bataclan. Moi je n’ai pas été de la première génération où il se produisait à la Grange aux belles. Et après quand il a bougé à Oberkampf puis à Mairie de Montreuil mais c’était toujours Bataclan. Ca a duré pendant 2 ou 3 ans. Il y avait un peu de tout: des gens qui faisaient de l’afro jazz, du jazz, du jazz rock, du reggae, du zouk. Donc chacun prenait les pas des autres. Il y avait des petits pas qui étaient à la mode, il fallait que tu saches faire « le petit pas ». »

Truand nous dit qu’il y avait aussi un dress code pour les danseurs de jazz rock :

« Avant c’était le jean 501 de Levis ! Tu mettais une grosse ceinture de cow boy ou double ceinture. Chez les congolais, on s’habillait beaucoup. On mettait souvent la paire de base de Weston ou la paire de Golf ! Mais en Jazz Rock c’était plus style bariolé hin! Il n’y avait pas le style bien habillé. Il fallait avoir un style ! La manière dont tu le portais ça montrait déjà si t’étais un jazz rockeur ou pas. »

Le petit monde du jazz rock

Dans le monde de la danse parisienne, il s’avérait que peu de personnes connaissaient le jazz rock.

A Aulnay, un lieu de rencontre sera par la suite mis en place par les amis de Truand. Ce lieu consacré aux danseurs de jazz rock est le Gladys Night.

Il doit d’ailleurs beaucoup à ses aînés: Bertin et Emery.

« Ils ont été mon déclic. Je dansais un Jazz Rock très barbare*. Ils avaient capté que les danseurs du bataclan faisaient du moderne jazz, du jazz, du classique, ils tournaient. Ils allaient donc à Paris Centre et nous disaient « venez, c’est là-bas que les autres s’entraînent, là-bas où ils prennent les cours de jazz et tout ». Mais la chance que j’avais c’est qu’à le Blanc Mesnil, il y avait un congolais qui faisait du jazz, du moderne jazz pur américain de l’époque. Il s’appelait Rock. Emery et Bertin ont commencé à prendre ses cours. Rock nous a montré le jazz, puis on a fait la fusion car on a vu que pour accéder au Jazz Rock il fallait ajouter du Jazz. C’est là qu’on a décidé vraiment d’ouvrir une salle et d’être plus pointu au niveau du Jazz Rock quoi. »

*Barbare : ce sont les petits pas / un style concentré sur les jeux de jambes.

Selon Truand, l’évolution du Jazz Rock s’est faite aussi grâce aux enfants d’ambassadeurs congolais/camerounais. Ces enfants faisaient des allers-retours aux Etats-Unis et ramenaient des petits pas et pas d’ambiance qui viendront nourrir cette danse. Cela s’est passé au début des années 80. C’est à ce moment que Truand basculera également dans le hip-hop grâce aux influences que ces enfants ramenaient.

Création du groupe Passe-Passe

Ca sera en 1985 que Truand et ses amis (Bertin, Emery et Olivier) formeront leur groupe de jazz rock, qu’ils nommeront Passe-Passe en 1986.

« Quand on a monté le groupe, on voulait des filles avec nous, on n’avait pas encore nommé le groupe. On a décidé que pour former les filles, il fallait créer des cours de danse. Donc on a ouvert les premières grandes salles à Aulnay, derrière le marché et une autre aux « Etangs ». C’est là où tout le monde a commencé à danser.  C’est dans ces salles que le groupe Passe-Passe est né quoi. On a donné le nom en 1986 parce qu’on commençait à faire les shows Jazz Rock. »

Une transmission semée d’embûches

La transmission de la danse jazz rock a été très compliquée selon Truand.

« Tout le monde dansait le petit pas jazz rock mais quand le Moderne Jazz est arrivé avec les films comme F.A.M.E , tout le monde s’est mis à faire du Jazz au Bataclan. Le Jazz était plus exposé, c’était plus à la mode avec les tours, les grands écarts Beaucoup de Jazz Rockeurs sont partis vers le Moderne Jazz inconsciemment, car ça faisait plus classe. Avec l’arrivée du Jazz puis du hip-hop, le Jazz Rock s’est arrêté. Mais à Aulnay on avait déjà deux salles de danses. On formait beaucoup de personnes en Jazz Rock, hip-hop et moderne jazz aussi. On a donc su garder le Jazz Rock, parce qu’on avait notre refuge. C’était quelque chose à nous quoi. »

Truand ajoute également que la plupart des danseurs de jazz rock ont arrêté de danser dans les années 90.

« Les seuls qui restaient c’était Richard M’Passi, Alex Benth, Sylvain et Passe-Passe et on faisait pleins de shows avec les GBF, les Macadam, les groupes de Thony Maskot. Mais sinon il y avait plus de Jazz Rockeurs. Si tu enlèves mon groupe à moi, il n’y avait pas plus de 10 jazz rockeurs. Par la suite, on a retrouvé Robert et Murielle, qui était vraiment une doyenne, une génération encore au-dessus de nous. »

Ça sera ensuite avec le groupe 1 Point C Tout, créé par Thony Maskot, que Truand et Bertin continueront d’évoluer, et donneront ainsi la touche de jazz rock au groupe.

« C’est comme ça que les gens ont recommencés à voir du Jazz Rock à Paris. Et même dans toute la France, quand on partait faire des shows avec 1 Point C Tout. Mais j’avoue que pour nous, c’était dur des fois… »

Bien que cela ait été difficile pour Truand de continuer à faire briller le jazz rock parmi les groupes de danse hip-hop dans les années 90, aujourd’hui il reste beaucoup de danseurs internationaux qui ont appris le jazz rock chez les Passe-Passe. Certains l’enseignent même à l’étranger, et notamment dans certains pays asiatiques. Malheureusement, la scène jazz rock n’est pas développée et pas du tout médiatisé.

Malgré tout, la relève est tout de même assurée par toutes les personnes qui ont pu passer par la Formation de danse professionnelle créée par Thony Maskot (Cf. l’article « Thony Maskot »).

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