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Akira, l’aube d’une nouvelle ère

Akira, l’aube d’une nouvelle ère

En 1988 au Japon, les Bōsōzoku, les émeutes de 1960, la peur du coup d’État militaire, Tokyo 1964 et le souvenir d’Hiroshima sont dans toutes les mémoires. Un Fukushima et trente-trois ans plus tard, les JO de Tokyo 2020 sont repoussés d’un an pour cause de pandémie mondiale et se tiendront à huis-clos sous état d’urgence. Pendant ce temps, en France, la bike culture fait vibrer les cités et on n’a plus assez de doigts pour compter les mains arrachées par les forces de l’ordre, en teuf ou en manif. Partout, la tentaculaire technostructure s’étend, sur fond de crise existentielle et de sécession des élites. No future ? Punk is not dead. RDV le 10/07 pour Akira, une fête spectaculaire et le début d’une nouvelle ère.

Akira, c’est l’histoire d’une jeunesse qui reprend son destin en main

Si vous n’avez pas vu le film, on vous le recommande. Long-métrage d’animation le plus cher de l’histoire au moment de sa sortie, c’est une immersion de deux heures dans un Tokyo post-apocalyptique magnifiquement dessiné et à l’ambiance envoûtante. Sur fond d’hédonisme débridé, d’anomie totale et de corruption généralisée, on y suit une bande de jeunes bikers qui vont se trouver malgré eux pris dans l’engrenage des folies de leur temps. 

Essentiellement guidé par l’envie de pécho une jeune révolutionnaire idéaliste et de sauver (puis de buter) son pote, le protagoniste principal – Kaneda – s’imposera comme le dernier rempart de l’humanité, pour la protéger d’un monstre hérité des générations précédentes. Dans l’univers sombre d’Akira, les “vieux” (ça commence à 25 ans – dur) sont corrompus par le pouvoir et la préservation de leurs intérêts, une critique du conservatisme – dans une culture où le respect dû aux “anciens” pèse un poids considérable. 

Point d’idéalisme cependant, la tension entre le nihilisme de la jeunesse et les idéaux erronés des générations précédentes est vectrice de chaos et de destruction. L’harmonie ne peut être trouvée que dans le dépassement, l’alliance de la fougue juvénile et du respect dû à l’histoire et à l’humanité dans son ensemble. Elle s’incarne d’ailleurs par l’intervention d’un trio d’enfants à l’apparence de vieillards, qui joueront un rôle pivot et rendent possible l’avènement de la nouvelle ère. Dans le manga – dont la fin est postérieure à la sortie du film -, Kaneda assumera d’être un refondateur et de participer à la reconstruction d’un monde par et pour les gens comme lui, orphelins de tout. 

Difficile d’en dire plus sans spoiler, si vous voulez digger, voyez le film, Google est votre ami, et vous pouvez aussi écouter cette émission de France Culture et la foule de sources qui l’accompagne. 

Cyberpunk vs space opera, ou l’expression culturelle de nos angoisses collectives

Au-delà de sa réflexion politique, Akira, c’est aussi l’œuvre qui a ouvert la voie à une toute nouvelle esthétique cyberpunk et qui a fait entrer l’animation japonaise dans la culture occidentale. Nourri de cinéma américain, Katsuhiro Ōtomo, inspirera en retour des générations d’artistes occidentaux – des Daft Punks à Steven Spielberg (qui glissera un hommage dans Ready Player One sorti en 2018). Il contribue également à ouvrir une brèche dans laquelle Myazaki s’infiltrera avec le succès que l’on sait et jouera plus largement un rôle clé dans la popularisation du manga comme pilier de la pop-culture mondiale. 

Comme Nausicaa (1984) ou Trigun (1996), il s’inscrit dans cette veine de fables venues du pays du Soleil Levant qui ont exprimé avec poésie, il y a plus de 30 ans, les dangers que faisaient courir le capitalisme technologique débridé – qui vivait alors sa meilleure vie – à notre monde. A la même époque en Occident, Blade Runner (1982) ou Bienvenue à Gattaca (1998) exprimaient cette angoisse constitutive du cyberpunk, à peu près au moment où naissait la première brebis clonée et où la figure du “hacker” faisait son apparition dans les médias.

Un temps, le cyberpunk a semblé s’effacer. Le triomphe des ingénieurs de la Silicon Valley – version remâchée des hackers – et les imaginaires de la fuite et de l’individu face à lui-même ont pris les devants : d’Avatar (2009) à Ad Astra (2019), en passant par Gravity (2013), Interstellar (2014) ou encore Seul sur Mars (2015), les immensités de l’espace et leurs questionnements métaphysiques ont régné en maître sur les écrans, entre deux sorties de Marvel. 

Pessimisme du présent, optimisme de la volonté” disait Gramsci, si le cyberpunk incarne le premier, l’odyssée spatiale est sans conteste l’expression du second. Mais n’en déplaise à Jeff Bezos et Elon Musk, l’heure du retour sur Terre a sonné.

Du Néo-Tokyo au Néo-Paname

Quiconque se sera promené dans les rues désertées d’un Paris sous couvre-feu y aura vu les stigmates d’un espace social laissé à l’abandon : rues crades, des tags de partout, misère qui remonte à la surface, mobilier urbain en déliquescence… Les réacs peuvent bien twitter qu’on #saccageparis, l’état de la ville n’est que le miroir de la mort lente de notre urbanité. Ce dont ils s’offusquent ce sont des marges soudainement redevenues visibles, alors que le vernis de la sociabilité marchande s’efface. A cela s’ajoute la répression féroce de pouvoirs dont la prise sur le réel se fait de plus en plus faible. Surenchère sécuritaire d’une société du spectacle, qui s’appuie sur la violence et la surveillance pour préserver ses intérêts. 

Juillet 2021 : bienvenue dans le monde d’Akira

Imaginer pour anticiper. Déconstruire pour reconstruire. Si la dystopie est individuelle, l’utopie est toujours collective. Ils ont l’argent, on a les gens. Se connecter, taper du pied, vibrer à l’unisson… La fête est une allégorie de la contestation, elle porte en elle les germes de nouveaux espaces de liberté. C’est une capsule de kiff contre la morosité du monde. C’est une première étape.

Certains diraient que ces fêtes sont excessives. Mais c’est pour eux la seule issue possible, le seul moyen de terminer cette histoire et combattre quelques instants la folie du pouvoir qui corrompt les Hommes. Leur prochaine halte dans leur entrepôt en déshérence est prévue le 10 juillet. Venez danser au chant des machines.

AKIRA – UNDERGROUND PARTY @NEO PANAME CITY – 10/07/2021

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