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Doctor Strange 2 : la Chine et le Moyen Orient font barrage

Doctor Strange 2 : la Chine et le Moyen Orient font barrage

La nouvelle production des studios Marvel, Doctor Strange 2 : in the Multiverse of Madness, est sortie ce mercredi dans de nombreuses salles de cinéma françaises. Mais dans le reste du monde, son lancement ne se passe pas sans encombre. La Chine et le Moyen Orient font barrage. L’une contre la liberté de presse et l’autre contre l’homosexualité. Une glaciation qui en dit long sur ces deux régions.

Il suffit parfois d’un détail pour que la censure s’éveille. Alors que la nouvelle production des studios Marvel, Doctor Strange 2, vient de sortir, le gouvernement chinois a déjà trouvé son détail. Dans une scène du film, on peut brièvement apercevoir trois fois, un kiosque à journaux sur lequel est écrit : « Da Ji Yuan Times » : se traduisant par The Epoch Times, un média d’opposition au Parti communiste chinois. Amateur de théories du complot, pro-Trump, vaccinosceptique, ultraconservateur, l’apparition de ce journal dans le film pose un problème au gouvernement.


A gauche, le kiosque à journaux sur lequel est inscrit en caractères mandarins  » The Epoch Times  » ©Marvelstudios

Ce média sino-américain, qui estampille sur toutes ses couvertures « Vérité et Tradition », s’oppose fermement au régime communiste. Proche de Trump, il est régulièrement considéré comme une secte outre-Atlantique aux yeux de l’Empire du Milieu. Né d’un mouvement spirituel chinois aux tendances ultraconservatrices, ce média est connu pour être associé aux religieux Falun Gong – dont nombreux dirigeants ont été prisonniers politiques. Chassé par le gouvernement central en 1999, le mouvement fait pousser un bras médiatique : The Epoch Times. Comme l’ancien chef d’Etat américain et candidat républicain, le média relaye des théories complotistes dans la lignée de QAnon… Hilary Clinton à la tête d’un réseau pédophile ou encore fraudes électorales aux dernières élections présidentielles des Etats-Unis.

Aux portes du box office chinois

Depuis son arrivée au pouvoir en 2013, Xi Jinping a élargi le système, déjà en place, ayant pour but de réduire à néant la liberté d’informer. Tous les moyens se mettent en œuvre pour punir ceux qui osent dévier de la propagande imposée par Pékin. Tout comme la presse, l’industrie du cinéma se retrouve muselée. Mais si la pleine liberté cinématographique n’a jamais réellement existé en Chine, c’est plus récemment que ses limites se sont révélées.

 En 2018, le Bureau du cinéma, sous la tutelle de l’Administration d’Etat de la Radio, du Cinéma et de la Télévision, a été remplacé par la direction de la propagande du Parti communiste chinois. En passant de rigoriste à extrêmement rigoriste, l’administration publique contrôle désormais le cinéma à tous les niveaux : production, distribution, exploitation. Dans la foulée, les réalisateurs ont vu leur œuvre de plus en plus censurée. Certaines scènes coupées, et même leur titre modifié.  En 2021, une mesure propagandesque imposait à toutes les salles de cinéma de projeter au moins deux fois par semaine des films à la gloire du Parti communiste chinois.  Cette réglementation vient compléter un ensemble de mesures visant à contrôler le 7ème art. Un secteur dont la popularité auprès du peuple chinois ne se dément pas.

Wokisme là, censure là-bas

À l’aune de ce que certains appellent le wokisme, le cinéma s’inscrit de plus en plus dans les valeurs « progressistes ». Mais certaines régions du monde ne mesurent pas encore ce concept. Au Moyen Orient, Doctor Strange 2 a ainsi fait polémique en raison de l’inclusion d’America Chavez, un personnage ouvertement gay.  À la première demande de l’Arabie saoudite, Marvel a refusé de couper ou de censurer les scènes jugées agaçantes. Pas de négociation possible des deux côtés, le film est censuré. Sans surprise pour une région qui interdit plus qu’elle ne tolère. Récemment, Les Eternels, sorti en novembre dernier, a lui aussi fait l’objet d’une censure liée à une scène où l’on voit deux hommes s’embrasser.

Le personnage d’America Chavez, interprété par Xochitl Gomez ©Marvelstudios

 Le superviseur de la classification cinématographique saoudienne a justifié sa décision en dénonçant« l’atteinte aux valeurs morales et publiques ». Cette décision a rapidement été suivie par la plupart des pays arabes dont le Koweït, l’Égypte ou le Qatar, à l’exception des Emirats Arabes Unis voisins. Là-bas, la censure est récemment devenue moins restrictive. Elle a laissé place à une nouvelle catégorie : celle des films interdits aux moins de 21 ans. L’âge de la majorité. Ainsi, pour devenir le pays le plus « ouvert » du Golfe, les EAU ont entrepris ces dernières années un vaste chantier de modernisation des réglementations.  À commencer par la censure. Un pari réussi dans ce pays où 90% de la population sont des expatriés.

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