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Vincent Lindon, grande gueule au grand coeur

Vincent Lindon, grande gueule au grand coeur

« La culture aide l’âme humaine à s’élever et à espérer pour demain. » Vincent Lindon, celui qui avait dédié son prix d’interprétation aux citoyens « laissés pour compte » en 2015 a été nommé pour présider le jury de la 75ème édition du Festival de Cannes. Portrait d’une grande gueule au grand cœur.

Vincent Lindon est né le 15 juillet 1959 à Boulogne-Billancourt, d’un père industriel, Laurent Lindon, et d’une mère journaliste de mode, Alix Dufaure. Le divorce de ses parents, alors qu’il a tout juste 5 ans, provoque alors chez lui des tics et des angoisses qui ne le quitteront jamais. Il grandit aux côtés de sa mère et de son beau-père, le journaliste Pierre Bénichou. «Ma mère était comme une sorte d’éclair, il fallait aller vite, quand on avait quelque chose à lui dire», déclare l’acteur dans une Interview pour Empreintes. «Je n’ai pas de souvenir d’un repas de famille avant mes 18 ans. Et ça, ça fait un petit garçon très malheureux et qui a la haine.»

«Je ne voulais pas devenir acteur, je n’ai jamais choisi»

À l’obtention d’un baccalauréat scientifique, il s’inscrit en classe préparatoire pour entrer en école supérieure. Très vite lassé des études, il va alors multiplier les petits boulots. En 1979, sa mère lui trouve un stage d’assistant-costumier sur le tournage du film Mon oncle d’Amérique d’Alain Resnais. Il part ensuite pendant six mois à New York. Là-bas, il travaille en tant qu’assistant chargé de la promotion radio auprès de son oncle, Eric Dufaure, fondateur du label Cachalot Records. De retour à Paris en 1981, Pierre Bénichou, son beau-père, lui trouve un poste de régisseur sur les tournées de Coluche. L’été suivant, après une brève expérience de journaliste pour le quotidien Le Matin de Paris, il choisit la voie de la comédie et franchit la porte des cours Florent.

Vincent Lindon, une grande gueule au grand cœur. Vincent Lindon sur son compte Instagram
©Vincentlindon

Repéré par Francis Huster, un de ses professeurs, Vincent Lindon fait ses premiers pas au cinéma. En 1983, il joue son tout premier rôle, celui d’un inspecteur dans Le Faucon. Il va ensuite enchaîner les seconds rôles dans de nombreux films des années 1980. Notre histoire de Bertrand Bilier ou 37°2 le matin de Jean Jacques Berneix. En 1988, il tient le premier rôle masculin dans l’Étudiante de Claude Pinoteau, aux côtés de Sophie Marceau. L’année suivante, sa prestation lui vaut sa toute première récompense : le prix Jean Gabin. Il se fait aussi connaître du grand public avec la comédie sociale La Crise, 1992 de Coline Serreau. À l’aube des années 2000, il devient alors l’un des acteurs les plus sollicités du cinéma français.

La revanche de son père

Dès le plus jeune âge, Vincent Lindon est entouré d’intellectuels. Son grand-père Raymond Lindon était magistrat, son oncle Jérôme Lindon, grand éditeur aux Editions de Minuit et son cousin, Mathieu Lindon, journaliste et écrivain. «Papa était le manuel, il était considéré comme le moins intellectuel.» C’est de cette image d’infériorité que s’imprègne la carrière de Vincent Lindon. Maître-nageur dans Welcome, maçon dans Mademoiselle Charbon, camionneur et ancien détenu dans Quelques heures de printemps, chômeur dans La Loi du Marché, humanitaire dans Les Chevaliers blancs«Dans les films qui auraient pu plaire à mon grand-père, je joue le synonyme de ce qu’était mon père.» Encore une fois, il se glisse dans des rôles sociaux, politiques et engagés. «C’est drôle que moi, l’acteur bourgeois, joue des rôles d’hommes de la rue ou de prolétaires.»

Dans la vie politique comme associative, pour dénoncer comme pour défendre, Vincent Lindon répond présent. En 2002, Vincent Lindon avait consigné une pétition demandant une solution rapide et décente aux problèmes fiscaux de Françoise Sagan. Plus tard, aux élections présidentielles de 2007, il soutient François Bayrou, candidat du Mouvement Démocrate. L’acteur est aujourd’hui l’un des parrains de l’association Un Rien C’est Tout, aux côtés de Marie Drucker et Antoine Griezmann. «Gagner sa vie si c’est pour garder ça pour soit, cela n’a pas d’intérêt.» Droit à la dignité, l’éducation, la santé ou l’environnement… Cette organisation à but non lucratif encourage les micro-dons pour lutter en faveur de grandes causes nationales.

Un appel de Vincent Lindon

Le 6 mai 2020, alors que la pandémie du Covid 19 pèse lourd sur le climat social en France, Vincent Lindon incrimine le gouvernement. Dans une réflexion lue et filmée pour Mediapart, l’acteur dénonce la gestion de la crise sanitaire. Il remet en cause les informations et les instructions énoncées par la parole officielle. Ses contradictions et ses incohérences. Pendant une vingtaine de minutes, il revient sur les trois premières années du mandat de Macron. D’abord l’affaire Benalla, et son traitement rocambolesque. Puis la révolte des gilets jaunes et les violences policières. La réforme des retraites et les grèves. Et enfin, la crise sanitaire.

«Des offrandes pour ceux qui n’ont besoin de rien et des sacrifices pour ceux qui ont besoin de tout.»

La vidéo, qui dépasse largement les millions de vues, est rythmée par le questionnement de Vincent Lindon. “Comment ce pays si riche, la France, sixième économie du monde, a-t-il pu désosser ses hôpitaux jusqu’à devoir pour éviter l’engorgement des services de réanimation, se résigner à se voir acculé à cette seule solution moyenâgeuse, le confinement ?» Se disant «spécialiste en rien, intéressé par tout», il souhaite faire entendre une voix simplement citoyenne.

Dans son discours, l’acteur français analyse la situation inédite et condamne le président de la République, Emmanuel Macron, le qualifiant de dernier avatar d’une même politique. Il dénonce ainsi la surdité et l’inaction du gouvernement face aux nombreux mouvements et mises en garde du secteur public, notamment du personnel soignant qui «subit depuis des décennies les coups de boutoir des présidents qui se succèdent avec toujours la même obsession : réduire la place de l’État dans l’économie.» En pointant du doigt les ententes fourbes entre « copains et coquins », l’acteur cingle donc un président qui jouerait au monarque. «Des offrandes pour ceux qui n’ont besoin de rien et des sacrifices pour ceux qui ont besoin de tout.» Rappelant ainsi, les nombreuses inégalités dont souffre la France, il propose des solutions parmi lesquelles, une contribution exceptionnelle de solidarité. La taxe baptisée « Jean Valjean ».

Vincent Lindon ©vsdmag

Un acteur décoré

En 2009, il est sacré Homme de l’année par le magazine QG. En 2016, il reçoit deux prix pour son rôle dans La Loi du marché. Le prix de l’interprétation masculine au Festival de Cannes et le prix du meilleur acteur au César, soit sa 6ème nomination. La même année, l’Académie André Delvaux, organisatrice de la cérémonie des Magritte du Cinéma, lui décerne un Magritte d’honneur. «Avec plus de 30 ans de carrière et une soixantaine de films à son actif, Vincent Lindon est un acteur intense et passionné», précisait l’Académie.

En 2022, l’artiste français est nommé président du jury de la 75ème édition du Festival de Cannes. Ainsi, il succède à Spike Lee. Il est le premier Français à tenir ce rôle depuis Isabelle Hupert en 2009. « C’est un immense honneur, et une très grande fierté de me voir confier, au milieu du tumulte des multiples événements que nous traversons dans le monde, la splendide et lourde tâche de présider le Jury du 75ème Festival International du Film de Cannes», écrit-il. « Avec mon Jury, nous nous efforcerons de prendre soin au mieux des films de l’avenir, qui portent tous un même espoir secret, de courage, de loyauté et de liberté ; dont la mission est d’émouvoir le plus grand nombre de femmes et d’hommes en leur parlant de leurs blessures et de leurs joies communes. La culture aide l’âme humaine à s’élever et à espérer pour demain.»

D’une haine de l’indifférence, d’une rage de la corruption et d’un art éclectique, s’accroche à Vincent Lindon l’âme d’une grande gueule au grand cœur. Primé pour son art et salué pour son engagement, il livre ainsi l’histoire d’un homme à la fois bourgeois et rebelle, à la fois privilégié et engagé.

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