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Rebelles sans cause à gauche

Rebelles sans cause à gauche

L’absence de primaire à gauche laisse son électorat perdu dans les petits calculs du fameux « vote utile », un jeu menant au précipice. Les candidats semblent, pour leur part, jouer à la course des rebelles sans cause de La Fureur de Vivre.

Comment sortir des « deux mâchoires du même piège à con », que sont l’extrême-droite et la macronie ? C’est la question qui taraude l’électorat de gauche. Celui-ci est d’une ampleur toute autre que ne le disent les sondeurs, dont la marge d’erreur oscille entre 10% et 20% aux dernières élections. Les sondages ne sont d’aucune fiabilité pour deviner les aspirations populaires. Et ils n’ont aucune légitimité à intervenir sans cesse dans le fonctionnement démocratique. En politique, ils sont de purs et simples outils de propagande (nous y reviendrons dans une prochaine chronique).

La population est massivement de sensibilité de gauche en France. Mais l’électorat de gauche est très largement dégoûté par les partis politiques structurés par le fonctionnement de la Vème République (autoritaire et binaire, deux principes de droite). Dès lors, sa tendance la plus forte est l’abstentionnisme, position cohérente et rationnelle. Renforcée par la présidence d’Hollande, dont l’œuvre se résume à une profonde déstabilisation et multiples fractures du large peuple de gauche.

Des dirigeants de gauche aux repères de droite

La confusion qui règne dans ce camp est si générale que trois de ses quatre candidats en lice pour les présidentielles ont soutenu la manifestation des flics du 19 mai 2021. Il s’agit d’une rupture majeure. Souvenez-vous, un rassemblement de policiers devant l’Assemblée, le jour où l’on y débat d’un projet de loi sur la justice. Une attaque en règle contre deux pouvoirs institutionnels, Justice et Parlement, censés garantir le régime démocratique. Or, Anne Hidalgo, Yannick Jadot et, bien sûr, Fabien Roussel ont tenu à s’afficher à cette manif. Dont le slogan principal aura été « le problème de la police c’est la justice ». Seul Mélenchon a dénoncé la mobilisation comme factieuse.

Six mois plus tard, on retrouve les mêmes. En l’absence de primaire accepté par eux (mais organisé par d’autres), il revient à l’électorat de gauche de départager. Le choix se fait entre convictions et peurs. Les convictions mènent à un éparpillement et/ou une abstention massive. Les peurs sont celles de se voir dans la mâchoire dans laquelle médias dominants et gouvernement veulent nous placer. Autrement dit, la logique du fameux « vote utile » – « vote de la trouille » serait plus adéquat-, fait office de primaire à gauche.

La course à l’abîme

Dans cette configuration, les candidats rejouent la fameuse scène de course de voitures dans La fureur de vivre. James Dean et son adversaire foncent vers un précipice. Le jeu consiste à sauter de la bagnole avant la mort. Le premier qui saute a perdu. Hidalgo, Jadot, Roussel et Mélenchon sont au volant de leurs bolides fonçant vers le précipice. Spectateurs, nous attendons tous que l’un ou l’autre craque pour prendre une décision rationnelle. Éviter que le piège à con nous broie.

Rappelons tout de même que celui qui gagne dans le film ce n’est pas James Dean mais son adversaire qui fait le vol plané et s’écrase au bas de la falaise. Après tout, il a tenu plus longtemps. Mais, bien sûr, dans la réalité des jeux politiciens, qui se retrouve dans la voiture qui flambe, c’est nous. Eux et elle, pourrons toujours se repositionner à la tête d’une quelconque opposition. Quoique, cette fois, que ce soit le fascisme de Le Pen-Zemmour ou la terre-brulée (littéralement) de Macron, il se peut bien que nos petits « responsables » politiques de gauche partagent notre triste sort. Celui-ci sera, au choix, les geôles d’une république fasciste ou une terre devenue invivable pour le profit de quelques grandes fortunes (ou le mixe des deux processus déjà largement En Marche).

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Notes & références

J’ai volontairement éliminé Montebourg de la liste des candidats de gauche (il s’est auto expulsé de ce camp) et n’ai pas pris en compte les différentes candidatures trotskystes qui relèvent, à mon sens, d’une autre logique. Il faut néanmoins soutenir la candidature (non pas le programme ou le candidat, ça c’est chacun qui voit) d’Anasse Kazib face à la campagne raciste dont il est l’objet.

La citation sur le piège à con provient de Jean-Patrick Manchette dans un tout autre contexte. La phrase entière dit « le terrorisme gauchiste et le terrorisme étatique, quoique leurs mobiles soient incomparables, sont les deux mâchoires d’un même piège à con. » dans le roman Nada (1973) adapté au cinéma par Claude Chabrol (1974). Livre et film sont très recommandables. 

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