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Les mots captifs – La responsabilité

Les mots captifs – La responsabilité

Pour ce nouveau numéro des mots captifs, nous allons nous attarder sur le mot « responsabilité ». Terme usé et ré-usé en cet entre-deux-tours, il ne demeure pas moins dévoyé par bon nombre de ceux qui l’utilisent. Mais que révèle-t-il ? Pourquoi est-il signifiant selon la personne et la manière dont il est employé ?

Ce dimanche 10 avril a marqué, une fois de plus, la débâcle des partis traditionnels. Fort de ses 4,8%, Valérie Pécresse s’est dit assumer, « en responsabilité », sa part dans cette défaite. Quant à Anne Hidalgo et Yannick Jadot, ils ont revendiqué leur responsabilité en appelant – « sans hésitation, sans ambiguïté » – à voter pour Emmanuel Macron au second tour.

Responsables, vraiment ?

Le problème, c’est que la responsabilité ne se réduit pas à un vote tel que proposé aux élections présidentielles. Celui-ci relève davantage du choix individuel, du positionnement politique. Il advient à un instant t, sans supposer d’actions postérieures.

La responsabilité est dynamique. Elle engage notre personne au travers de chacune de nos activités, à chaque moment de notre existence. C’est un impératif de réponse au cours des évènements, aux problèmes et souffrances ressentis par autrui. Kery James l’exprime dans son morceau avec Orelsan : « À qui la faute ? » :

« Je n’compte pas sur l’État, moi, j’compte sur nous-mêmes / À qui la faute ? Cette question appartient au passé / J’n’ai qu’une interrogation moi, « qu’est-ce qu’on fait ? » »

Par cette interrogation finale, Kery James met le doigt sur le cœur de notre responsabilité. En s’adressant ainsi à Orelsan, il amène à se questionner quant aux actions à entreprendre face à un ensemble de problèmes sociaux (le racisme, la ségrégation sociale, spatiale, etc.). Il n’attend pas une réponse purement formelle (responsabilité statique), mais bien l’entreprise d’actions concrètes (responsabilité dynamique).

Une responsabilité infinie envers autrui

Ce sens de la responsabilité prend notamment sens dans l’expérience du visage décrite par Emmanuel Levinas. Il écrit :

« Dès lors qu’autrui me regarde, j’en suis responsable sans même avoir à prendre de responsabilités à son égard, sa responsabilité m’incombe. »

(Éthique et infini, 1961)

La responsabilité chez Levinas s’impose à nous. Elle n’est pas l’œuvre de la volonté individuelle, mais l’expérience d’un devoir infini face à la détresse d’autrui. À travers son regard, ce dernier nous commande de venir inconditionnellement à son secours.

Renoncer à la routine

Face aux événements qui adviennent à autrui ou à nous-mêmes, la responsabilité requiert une réponse. C’est bien ce qu’exprime Sofiane, dans le clip de sa chanson « Lundi », dans le contexte de la routine harassante du mode de vie moderne capitaliste.

Le protagoniste – Finnegan Oldfield – est bloqué dans une boucle temporelle. Chaque réveil est la répétition de son lundi ; entre lendemain d’une soirée trop arrosée et début d’une semaine prise dans les impératifs professionnels de productivité.

Lors de chaque nouveau réveil, le personnage fournit de nouvelles réponses aux situations qui s’imposent à lui. Il s’efforce de donner du sens à son existence en brisant, toujours un peu plus, la routine qui le condamne à sa propre aliénation.

Ainsi, il déploie sa responsabilité en répondant ad hoc et in situ aux évènements qui l’incombent.

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