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JETLAGN’FLOW #3 Rencontre avec la rappeuse Tracy de Sà

JETLAGN’FLOW #3 Rencontre avec la rappeuse Tracy de Sà

Indienne, portugaise, anglophone, hispanophone et francophone, la rappeuse Tracy de Sà représente le troisième épisode de JetLagN’Flow. Un parcours migratoire qui a façonné son art et son identité de femme, qu’elle exprime dans son dernier album « In Power » sorti en octobre 2021.

Tout juste de retour d’une tournée au Mexique. Avec la rappeuse Tracy de Sà, ce troisième épisode de JetLagN’Flow porte ici très bien son nom. Née en Inde, à Goa. A 2 ans, elle émigre avec sa famille au Portugal. Un an plus tard elle rejoint l’Espagne où elle passera son adolescence. Et à 19 ans, elle décide de partir en France pour étudier. Celle qui se présente comme « une femme, immigrante, de couleur, rappeuse » a traversé les frontières depuis son enfance. Très tôt, elle a questionné ses racines et ses cultures pour façonner sa propre identité.

Les débuts : Une quête d’identité

Après de nombreuses expériences de racisme en Espagne dès l’enfance, elle rejette l’anglais et sa culture indienne transmise par sa mère pour s’assimiler à la culture espagnole. En arrivant en France pour ses études, elle découvre une population beaucoup plus diverse et de nouvelles questions se posent.

« J’ai appris le français en écoutant La Fouine »

Tracy de Sà durant le Nancy Jazz Pulsations en 2019 | © Photographe Vincent Zobler

Bercée entre le rap américain, le RnB des Destiny’s Childs, le flamenco et le rap français, elle construit ainsi son identité à travers la culture hip-hop. « J’ai appris le français en écoutant La Fouine » se rappelle-t-elle amusée. Elle commence par la danse et se découvre un talent pour le rap où elle exprime des messages féministes et antiracistes : « Le Hip-Hop est devenu mon foyer. Je me retrouvais dans cette culture qui parle d’immigration, de pauvreté, de racisme.»

« Le Hip-Hop est devenu mon foyer. Je me retrouvais dans cette culture qui parle d’immigration, de pauvreté, de racisme.»

Elle se lance dans les opens-mics en rappant en anglais, sa langue maternelle. Mais elle se confronte alors à une nouvelle difficulté. « En France, les gens n’aiment pas ceux qui rappent en anglais, ça ne va jamais marcher » entend elle. « Mais je ne pouvais pas rapper en français. Je venais d’arriver, je faisais encore des fautes de français. Dans l’écriture rap, il faut trouver des images, des métaphores, dans une langue qui n’est pas la tienne, ce n’est pas facile. Et c’est une question d’authenticité, je ne voulais pas changer. »

«   Les gens ont commencé à me respecter parce que j’étais toujours là. »

Identifiée comme «  la meuf qui rappe en anglais », elle a continué à cultiver cette différence et à persévérer en écumant toutes les scènes : « Les gens ont commencé à me respecter parce que j’étais toujours là. Le seul truc qui a marché c’est qu’entre les chansons je parlais en français. J’arrivais en expliquant mon histoire, mais j’étais toujours obligé de justifier pourquoi je rappais en anglais ».

L’anglais comme langue émancipatrice : Pussy power !

Bien que la rappeuse de 30 ans parle aujourd’hui couramment français, son album, Commotion, sorti en 2019 et son dernier album, In power, sorti en octobre 2021 sont pourtant presque intégralement composés en anglais.

Le titre « In between » extrait du dernier album, In power, de Tracy de Sà, sorti en octobre 2021.

« En anglais, il y a plus de libertés de langue, ça sonne plus light. Je  peux aborder les thèmes de la sexualité, des sujets féministes de manière beaucoup plus légère. Dire Pussy Power en anglais c’est facile, mais dire pouvoir de la chatte, c’est forcément beaucoup plus choquant » explique-t-elle.

Alors qu’aux Etats-Unis, depuis Lil Kim jusqu’à Cardi B, les rappeuses qui parlent ouvertement de leur sexualité et qui montrent leur corps sont courantes. En France, c’est encore difficile, voir mal vu. « De l’étranger je voyais la culture française où les gens étaient libre. On voyait des seins nus dans les films par exemple. Mais quand je suis arrivée ici, j’ai vu que les gens étaient pudiques j’étais hyper choquée » se souvient-elle.

« Aux Etats-Unis ils disent que ma musique est commerciale, alors qu’ici les gens disent que c’est du rap de niche. Dire Pussy power aux Etats-Unis, ça ne choque personne, ici c’est engagé de le dire. »

Tracy de Sà cite Shay et Le Juiice comme exemple francophones et compare avec sa dernière expérience aux Etats-Unis. « Je suis allée quelques jours à New York après ma tournée au Mexique. Et c’est marrant là-bas ils disent que ma musique est commerciale, alors qu’ici les gens disent que c’est du rap de niche. Dire Pussy power aux Etats-Unis, ça ne choque personne, c’est normal. Alors qu’ici c’est engagé de le dire. »

Le single, « Minifalda » sorti en octobre 2020.

« En rappant dans pleins de langue je me suis toujours laissée toutes les portes ouvertes. » 

Tracy de Sà a donc trouvé dans le Hip-hop un foyer, et continue de partager sa musique pour trouver où poser ses bagages. « Je voulais vraiment qu’on me reconnaisse chez moi. Ma plus grande fierté c’est ma tournée en Inde. Je me suis toujours posée la question de où j’allais finir ma vie. Je savais que je voulais voyager pour savoir où étais mon foyer. Donc en rappant dans pleins de langue je me suis toujours laissée toutes les portes ouvertes » conclue l’artiste déjà en préparation de ses prochains concerts en Espagne et en Suisse.

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